Mali : l'offensive coordonnée FLA-JNIM et l'effondrement de la stratégie de la junte

Submitted by: Marie DuboisMarie Dubois
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Le samedi 25 avril 2026, le Mali a connu l'une des journées les plus sombres de son histoire récente. Dans les premières heures de la matinée, une offensive d'une ampleur sans précédent a été lancée simultanément contre six localités stratégiques : Bamako, Kati, Kidal, Gao, Sévaré et Mopti. Cette attaque coordonnée, menée conjointement par le Front de libération de l'Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim), marque un tournant décisif dans le conflit qui déchire le pays depuis plus d'une décennie. Pour la première fois, ces deux mouvements — l'un séparatiste touareg, l'autre jihadiste affilié à Al-Qaïda — ont affiché officiellement leur alliance, une convergence stratégique que de nombreux analystes considèrent comme le résultat direct de l'échec de la politique sécuritaire menée par la junte d'Assimi Goïta depuis le coup d'État de 2020.

Le bilan matériel et humain est encore en cours d'établissement, mais l'événement le plus marquant est sans conteste la mort du général Sadio Camara, ministre de la Défense et co-auteur du putsch de 2020. Selon de multiples sources sécuritaires confirmées par Jeune Afrique, le ministre a été tué lors d'une attaque au véhicule piégé conduite par un kamikaze contre son domicile à Kati, la ville militaire située à une quinzaine de kilomètres de Bamako. La déflagration, d'une puissance considérable, a entièrement détruit sa résidence. La mort de Sadio Camara représente une perte stratégique majeure pour Bamako : il était le principal architecte de la stratégie militaire du pays, l'homme qui avait piloté le rapprochement avec la Russie et l'expulsion des forces françaises, et le pilier sur lequel reposait la machine sécuritaire de la junte.

Au surlendemain de l'offensive, la situation sur le terrain reste extrêmement confuse. Si les Forces armées maliennes (Fama) ont affirmé dans un communiqué avoir repris le contrôle de l'ensemble des localités ciblées, plusieurs sources indiquent que Mopti et Kidal ont en réalité échappé, partiellement ou totalement, au contrôle de l'État. La ville de Kidal, fief historique des rebelles touaregs dans le nord du pays, serait ainsi repassée sous le contrôle du FLA. Ce revers est d'autant plus significatif que la reprise de Kidal par l'armée malienne en novembre 2023, avec l'appui des paramilitaires russes du Groupe Wagner, était présentée comme le principal succès militaire du régime. Le chef de la junte, Assimi Goïta, demeure lui-même invisible depuis le début des attaques, ce qui alimente les spéculations sur l'état réel du commandement militaire malien.

L'alliance inédite entre le FLA et le Jnim constitue un développement géopolitique de premier ordre. Jusqu'à présent, ces deux groupes poursuivaient des objectifs distincts — l'indépendance de l'Azawad pour le FLA, l'instauration d'un État islamique pour le Jnim — et leurs relations étaient souvent marquées par des tensions voire des affrontements locaux. Leur coordination opérationnelle du 25 avril, impliquant des centaines de combattants frappant simultanément dans des villes distantes de plus de mille kilomètres, témoigne d'un niveau de planification logistique et de partage de renseignements qui n'aurait pas été envisageable il y a encore un an. Cette convergence a été rendue possible par la politique de répression indiscriminée menée par les forces maliennes et leurs alliés russes contre les populations civiles du nord et du centre du pays.

Parallèlement, le Burkina Faso voisin a annoncé le même week-end des mesures d'une portée exceptionnelle. Le général Célestin Simporé, ministre de la Guerre et de la Défense patriotique, a déclaré que tous les citoyens en âge de se battre seraient formés et appelés au besoin dans le cadre d'une réserve militaire élargie. Le gouvernement prévoit le recrutement et la formation de 100 000 réservistes d'ici la fin de l'année 2026, s'ajoutant aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) déjà déployés. Cette mobilisation générale intervient alors que le pays, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré depuis septembre 2022, n'arrive pas à endiguer la violence jihadiste malgré les promesses de la junte.

L'ensemble de ces développements met en lumière l'échec patent de la stratégie sécuritaire de l'Alliance des États du Sahel (AES), cette confédération regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, tous trois dirigés par des juntes militaires ayant rompu avec la France pour se tourner vers la Russie. Le départ des forces françaises de Barkhane, suivi de celui de la Minusma en 2023, avait laissé un vide sécuritaire que les paramilitaires russes et les armées nationales n'ont pas été en mesure de combler. Les livraisons d'équipements russes, hélicoptères Mi-35, véhicules blindés et systèmes de défense antiaérienne, n'ont pas compensé les lacunes structurelles des forces armées maliennes en matière de renseignement, de logistique et de guerre asymétrique.

Les implications régionales sont considérables. La chute potentielle de Kidal ouvrirait la voie à une recomposition territoriale du nord du Mali, avec le risque d'une partition de facto entre zones contrôlées par le FLA au nord et par le Jnim au centre. Pour les pays voisins, Mauritanie, Niger, Algérie, cette instabilité accrue signifie un risque de débordement des groupes armés et de trafics d'armes. La communauté internationale se trouve confrontée à un dilemme : comment engager un dialogue avec des régimes militaires fragilisés tout en évitant un effondrement humanitaire et sécuritaire régional. Les prochaines semaines seront décisives pour déterminer si la junte malienne survivra à ce choc existentiel ou si le pays basculera dans une nouvelle phase de sa longue crise.