Nigeria et la tentation du coup d'État : fracture militaire et instabilité en Afrique de l'Ouest

Submitted by: Marie DuboisMarie Dubois
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L'annonce, le 21 avril 2026, des poursuites pour terrorisme et trahison visant six officiers et personnalités nigérianes devant la Haute Cour fédérale d'Abuja a relancé le débat sur la résilience démocratique en Afrique de l'Ouest. Les inculpés, parmi lesquels le major-général à la retraite Mohammed Ibrahim Gana, le capitaine retraité Erasmus Ochegobia Victor, l'inspecteur de police Ahmed Ibrahim, ainsi que Zekeri Umoru, Bukar Kashim Goni et Abdulkadir Sani, sont accusés d'avoir « conspiré pour faire la guerre à l'État et renverser le président de la République fédérale ». Un septième suspect, l'ancien gouverneur de l'État de Bayelsa, Timipre Sylva, accusé d'avoir aidé à dissimuler le complot, demeure en fuite.

Le parcours de cette affaire est révélateur des tensions internes qui traversent l'appareil sécuritaire nigérian. Dès 2025, seize officiers avaient été arrêtés pour « actes d'indiscipline et violations des règlements de service », suscitant des rumeurs persistantes de tentative de putsch. Le gouvernement de Bola Tinubu avait d'abord nié l'existence d'un complot, avant de reconnaître en janvier 2026 que plusieurs officiers seraient jugés par la justice militaire. Peu après, le président Tinubu avait procédé à une refonte complète de la haute hiérarchie militaire.

Les médias nigérians ont identifié le colonel Mohammed Alhassan Ma'aji comme le cerveau présumé. Les facteurs de mécontentement au sein des forces armées sont multiples : retards de solde, conditions de déploiement dans le nord-est face à Boko Haram et à l'État islamique dans la province de l'Afrique de l'Ouest (ISWAP), insuffisance des équipements. Le Nigeria consacre pourtant environ 2,3 milliards de dollars par an à son budget de défense.

Ce complot présumé s'inscrit dans une tendance régionale alarmante. Depuis 2020, l'Afrique de l'Ouest et centrale a connu une résurgence sans précédent des coups d'État : Mali (2020 et 2021), Guinée (2021), Burkina Faso (2022), Niger (2023), Gabon (2023), sans compter les tentatives déjouées au Guinea-Bissau et au Bénin fin 2025. Le Sahel est devenu un théâtre d'instabilité chronique où les groupes djihadistes exploitent les failles de gouvernance.

Le Nigeria n'a pas connu de coup d'État réussi depuis 1999. Néanmoins, le fait que des officiers supérieurs aient pu envisager un renversement dans le pays le plus peuplé d'Afrique constitue un signal d'alarme. La CEDEAO, affaiblie par le retrait du Mali, du Burkina Faso, du Niger et de la Guinée, perd sa capacité de régulation régionale.

Les répercussions géopolitiques sont considérables. Le retrait des pays du Sahel de la CEDEAO a ouvert la voie à de nouveaux partenariats avec la Russie et les sociétés militaires privées, affaiblissant l'influence historique de la France. Les juntes ont consolidé leur emprise en exploitant le sentiment anti-français. L'absence de stratégie coordonnée de l'Union africaine souligne les limites du cadre normatif panafricain.

Sur le plan sécuritaire, les groupes armés contrôlent des portions significatives du territoire malien, burkinabè et nigérien. Les opérations avec l'appui du groupe Wagner — devenu Africa Corps — n'ont pas produit les résultats escomptés. Les attaques se sont intensifiées dans la région de Liptako-Gourma.

Pour le Nigeria, le défi est double : restaurer la confiance au sein des forces armées tout en poursuivant les opérations de contre-insurrection dans le nord-est, et assumer un rôle de leadership régional face à une CEDEAO amputée. L'issue du procès des six accusés déterminera la capacité des institutions nigérianes à gérer cette crise dans le respect de l'État de droit.